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Moi, ce que j'en dis...

Le rôle des milieux jésuites dans la contre-réforme en Haut-Livradois

26 Mai 2006 , Rédigé par simon rodier Publié dans #Culture - musées - etc.

On connaît bien les raisons qui poussent, au début de l’époque moderne, les populations européennes à remettre en cause la manière dont fonctionne l’institution catholique. Les pouvoirs publics et l’Eglise, premier d’entre eux, apparaissent comme impuissants et corrompus face aux peurs collectives, devant la mort ou le jugement dernier, et, plus prosaïquement, face aux grands malheurs du temps comme les pestes. Les premières voix qui s’élèvent pour réclamer une réforme religieuse s’insurgent d’abord contre les mœurs de religieux suspectés d’avidité et de légèreté. Rien n’indique qu’il en est autrement en Haut-Livradois.

 

Après la fermeture physique, mais non point fiscale, de la plupart de leurs prieurés, les moines de la Chaise-Dieu doivent donner une image assez éloigné de celle du pieux Saint-Robert. Lointains, ils ont peut-être une réputation tout aussi douteuse que de celle des bénédictins d’Issoire. Riches et relativement puissants ils peuvent parfois entrer en conflit avec une population dont ils sont souvent les seigneurs comme à Saint-Germain-l'Herm ou à Fournols.

 

Les religieux séculiers ont-ils un comportement plus édifiant ? On peut en douter. Tout d’abord les curés sont apparemment aussi mal instruit que dans le reste du royaume. Ensuite, en ce qui concerne leur manière de vivre, comment pourraient-ils être sans reproche alors que, par exemple, une communauté de prêtres comme celle de Saint-Bonnet-le-Chastel ne dispose que de maigres droits  sur le petit village de Faverol pour assurer la subsistance de près d’une vingtaine de religieux ? Des abus doivent forcément découler d'une telle situation.

 

De plus, scieurs de long, terrassiers, marchands, les gens du Livradois sont des voyageurs. Certains d’entre eux ont donc pu entrer en contact avec des « réformateurs ». Sans doute sensible à leurs discours ils doivent cependant être attachés à la foi de leurs aïeux et aux habitudes d’une paroisse qui s’incarne dans son curé. La barrière de la langue, dans un royaume aux dizaines de dialectes, comme le cantonnement des chantiers sont d’autres obstacles à une conversion en « terres étrangères ».

 

Des protestants en Haut-Livradois

 Mais en 1540, dans la ville d’Issoire où convergent les habitants du Livradois pour les besoins de leur commerce, un jacobin allemand diffuse le luthéranisme alors qu’il prêche le Carême. Sept ans plus tard Jean Brugière, dans la même ville, sera exécuté par le feu pour hérésie.

En 1559 c’est au tour d’un pasteur genevois de s’installer sur les bords de l’Allier et d’exposer les thèses de Jean Calvin avant d’être arrêté et pendu.

 

La contestation religieuse est aux portes du Haut-Livradois ! En réalité elle a même déjà franchi l’Eau-Mère et le col de la Detellée.

 Saint-Bonnet-le-Chastel et Saint-Germain-l'Herm comptent parmi les principaux foyers calvinistes. En 1562, alors que près des 2/3 des protestants auvergnats ont déjà émigrés[1], les anciens de ces deux communautés réclament, encore et toujours, l’envoi d’un pasteur dans une pétition adressée aux frères de Genève. Parmi les signataires on retrouve plusieurs membres des élites villageoises dont, par exemple, Annet Gammonet, vraisemblablement neveu d’un prêtre communaliste de Saint-Bonnet-le-Chastel.

 

Quelques années plus tard les protestants de Saint-Bonnet-le-Chastel, dont la communauté se disait fille de l’Eglise réformée d’Issoire, sont rattachés au temple de Pailhat (commune de Job). Mais, même si ils ont enfin un pasteur, la plupart des calvinistes du Haut-Livradois ont déjà entreprit, ou vont bientôt entreprendre, de rejoindre Genève[2]. Les communautés réformées de Saint-Germain-l'Herm et Marsac ne survivent pas longtemps aux guerres de religion, aux expéditions du capitaine Merle et aux ripostes des troupes catholiques. Il est raisonnable de penser que ses évènements durent aussi affaiblir la communauté de Saint-Bonnet-le-Chastel[3]. Comment les catholiques auraient ils pu entretenir de bonnes relations avec les coreligionnaires de ceux qui avaient attaqué, assiégé et incendié leur bourg, leur château et leurs maisons ? Plus au nord, après la disparition du seigneur du Lac, la réforme protestante semble n’avoir que peu d’adeptes à l’exception notable du secteur de Bertignat et surtout de Job où est implanté le temple de Pailhat.

 

 

 L'apparition des jésuites

 

Au XVIIe siècle en Haut-Livradois le protestantisme semble appartenir au passé. Que ce soit dans les hautes vallées du Doulon, de l’Eau-Mère, de la Dore ou de la Dolore la contre-réforme catholique est apparemment triomphante[4].

Après les contre-attaques militaires, et pour obtenir une conversion complète, sont en effet venues les contre-attaques théologiques et pastorales. Des religieux prêcheurs, frères mendiants et jésuites, parcourent la campagne lors de missions qui semblent avoir rapidement portées leurs fruits. Les jésuites, en particulier, sont à la pointe du mouvement de reconquête spirituelle. Dans les communautés protestantes dépendantes d’Issoire le père Auger aurait ainsi ramener près de 1500 personnes dans le giron de l’église romaine[5].

Bientôt c’est même le Haut-Livradois qui fournit des prédicateurs à la réforme catholique tel Guillaume Sautemouche[6]. Natif de Saint-Germain-l’Herm il est exécuté par des protestants alors qu’il prêche, à Aubusson, à l’occasion du Carême de 1593. Blaise Chaudesolle[7] est un autre exemple de l’attrait qu’exerce la réforme catholique. Fils du notaire royal de Saint-Germain-l'Herm, il devient lui aussi jésuite. Vénérable père de la Société de Jésus il enseigne au début du XVIIe siècle au sein du collège de La-Flèche (Sarthe). Pour faire réellement triompher la contre réforme catholique, les jésuites sont en effet certain que l’ensemble de la population doit être instruite de la vraie foi romaine.

Dès 1556 a été fondé en Bas-Livradois, à Billom, le 1er collège français, un collège créé et dirigé par la Société de Jésus afin d’instruire les élites et de former des prédicateurs. Les pères y enseignent la « bonne foi catholique » et y dispensent une éducation prisée. Rapidement gros laboureur et bourgeois du Haut-Livradois y envoient leurs fils étudier, manifestant ainsi leur attachement à l’Eglise romaine. Au tournant des XVIe et XVIIe siècles on retrouve ainsi entres autres élèves de cette institution le fils cadet du sergent de ville de Saint-Germain-l'Herm [8], le fils aîné d’un laboureur au Sapt[9], Antoine Chasleil[10], jeune clerc originaire de Bertignat, un des fils du meunier des Moulins du Pont[11], Blaise Marsepoilh[12] originaire de la paroisse de Fournols, Alexandre Guilhadon[13] qui poursuivra ses études à Lyon ou encore Me Jacques Riomet[14] qui souhaite se consacrer à Dieu au sein de l’ordre des capucins[15].

 

 

L'éducation des filles

Les femmes, filles épouses ou mères, doivent elle aussi être instruites. Mais par qui ? Le concile de Trente a en effet mis l’accent sur l’importance de la clôture des religieuses et personne ne souhaite que ce soit des hommes, même religieux, qui éduquent les jeunes filles. Le principe de clôture est cependant écorné en bien des lieux dès le début du XVIIe siècle. La communauté des « Sœurs de l’Hôtel-Dieu de Lyon » regroupent des femmes qui se consacrent aux malades affirmant leur « souhait de chasteté, pauvreté et obéissance » sans pour autant prononcer des vœux ou perdre leur liberté de circuler.

 

Originaire du Monestier, la mère Micolon de Guérines réforme la communauté des ursulines en privilégiant l’accomplissement de tâches apostoliques peu compatible avec des monastères repliés sur eux-mêmes. Il est vrai qu’en 1582 déjà le pape avait reconnu que les ursulines n’étaient pas des religieuses comme les autres puisqu’elles ne prononçaient même pas des vœux solennels. La mère Micolon fonde donc au début du XVIIe siècle de nombreux couvents en France, dont celui d’Arlanc, et leur donne pour principale mission l’instruction des jeunes filles « à la doctrine chrétienne et aux bonnes mœurs ». Confrontée à l’influence calviniste du temple de Pailhat l’épouse du bailli de Boutonnargues, Marie Minard, est la première bienfaitrice du couvent d’Ambert.

 

En Haut-Livradois c’est encore une fois du milieu jésuite que proviendra une des initiatives les plus décisive. Le Père Médaille a conseillé et donné des règles de vie à quelques femmes dans la région du Puy-en-Vellay. Ce jésuite les incitent vivement à se consacrer à des tâches caritatives leur demandant « d’aller au devant des gens pour faire connaître Dieu ». Plantant leur « petites maisons » au milieu des bourgs et des villages elles se répandent depuis celles-ci dans les rues et les campagnes visitant les pauvres malades et édifiant chacun par leur comportement modèle. De 1650 à 1670 plusieurs communautés s’installent ainsi à Arlanc, à Sauxillanges, dans l’hôpital de Saint-Bonnet-le-Chastel puis, de là, dans celui d’Issoire auquel elles l'uniront.

 

Bien avant l’édit de Fontainebleau, tout le massif du Livradois est donc maillé d'un réseau de couvents, où sont instruites les jeunes filles et futures mères. S'il sera par la suite complété grâce à l’ouverture de maisons de joséphines à Marsac (en 1674) et à St-Amand-Roche-Savine (en 1755), mais le résultat recherché est déjà obtenu :

 

En 1667 il ne reste plus aucun protestant à Saint-Germain-l'Herm. La même année, à Saint-Bonnet-le-Chastel, seul le gardien du château (dont le seigneur est d'ailleurs un noble breton huguenot) est encore compté comme réformé ; et son épouse est catholique !

Vingt ans plus tard, et au moment de la révocation de l’édit de Nantes, en 1685, la seule communauté calviniste qui se soit maintenue en Livradois est celle du temple de Pailhat (Job) qui compte, sans doute, entre 130 et 150 fidèles.

 

On peut donc penser qu’à la fin du XVIIIe siècle, le protestantisme appartenant à un passé déjà lointain, l’ambiance religieuse relevait d’un catholicisme très orthodoxe dans les actes, les cœurs et les âmes.

 

[1] LECLERCQ, F., Histoire de l’Auvergne, p.262.

[2] En particulier plusieurs membres de la famille Porchiers, praticiens, plusieurs membres de la famille Gammonet, marchands (l’un d’entre eux sera même admit comme bourgeois de Genève en 1604) et Jean Montagne laboureur de la paroisse de Saint-Bonnet-le-Chastel.

[3] Malheureusement le livre des habitants de Genève comprend une lacune allant de septembre 1574 à décembre 1584 ce qui ne permet pas de connaître l’émigration auvergnate à une période où elle dut être importante du fait des troubles nombreux en Livradois et dans le Val d’Allier.

[4] Il faut toutefois faire attention car avec la baisse régulière du nombre de protestant au XVIIe siècle il est intéressant de noter l’apparition de deux types de catholiques : les « ultras » qui multiplient les manifestations de piété dans leur testaments (celles-ci disparaîtront presque totalement au fur et à mesure que s’éloignera le temps des affrontements religieux) et les « tièdes » qui mettent parfois plusieurs mois avant de baptiser leurs enfants.

[5] BOURDIN, ibidem., p.230-231.

[6] Fils d’Antoine et de Marguerite Connon né vers 1555, ancien cordonnier et élève du collège de Billom.

[7] Fils de Claude Chaudesolle et d’Antoinette Dufraisse.

[8] Jean Saulve( fils de Julien Saulve sergent royal) c lerc âgé de 25 ans en 1608.

[9] Bertrand Roussel fils aîné de Claude laboureur au Sapt et d’une fille Jammot.

[10] Agé de 26 ans en 1607 il est fils de feu Damien Chasleil du hameau de Chasleil et de Damianne Gonnon.

[11] Me Noel Magaud fils de Guillaume originaire des Gouttes et clerc étudiant à Billom en 1609.

[12] Agé de 24 à 25 ans en 1606 il est fils de Blaise de Chalembel (Fournols) et de Jeanne Fournet.

[13] Fils de Me Jacques de Bertignat et de Jeanne Teyras il est dit clerc en 1609.

[14] Natif de Saint-Germain-l'Herm il est fils de Me Daniel et d’Antonia Bard.

[15] On peut remarquer qu’au début du XVIIe siècle l’influence jésuite a succédé à l’influence calviniste, importante à Saint-Germain-l'Herm 40 ans plus tôt, et qui est encore conséquente à Bertignat du fait de la proximité du temple de Pailhat.

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